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L'enfance de l'art (suite et fin de l'article)

2 Septembre 2012, 14:52pm

Publié par Yves Coumans

Afin de poursuivre cette exploration de l'enfance de Raymond Coumans, voici dans son intégralité un texte que nous a laissé Suzanne Coumans :

I-Les parents

Elle s'appelle Maria, Helena,Antoinette Jeukens. Il s'appelle Joannes, Andreas Coumans. Ils se connaissent depuis l'enfance à Maastricht. Aux Pays-Bas, en ce temps là, c'est le dernier prénom qui compte. André écrit donc à Antoinette, plus familièrement nommée Anette, de nombreuses cartes postales choisies avec soin, dès 1911. Il a seize ans, elle en a vingt-sept. Les temps sont durs, ils doivent gagner leur vie, les nécessités de leur travail les éloignent l'un de l'autre. Il est apprenti pâtissier, elle est servante interne à Bruxelles, notamment chez l'avocat Julien Baillon, frère aîné de l'écrivain belge André Baillon, où elle restera de nombreuses années. Ils échangent bon nombre de ces cartes postales romantiques qui montrent des couples qui se regardent tendrement. Ils sont courageux, droits, honnêtes, très appréciés dans leur travail. Pendant la guerre de 14-18, la hollande reste neutre, il échappe donc au carnage et fin 1919 ils louent un petit appartement à Bruxelles, rue des Cerises, 2, au coin de la rue de Terre-Neuve. Ils se marient à Rotterdam(où il travaille) le 7 juillet 1920 et se fixent définitivement à Bruxelles en gardant leur nationalité hollandaise. Ils ont une carte d'identité d'étranger et un permis de travail. En 1922 la mode n'est pas d'accoucher à l'hôpital. Annette va donc mettre son enfant au monde, le 19 mai, chez sa mère à Maastricht. C'est ainsi que naît,chez sa grand-mère, un petit garçon prénommé André Raymond Coumans de nationalité hollandaise qui rejoint ses parents à Bruxelles. Le 1er mars 1929 la famille quitte la rue des Cerises (qui, depuis n'existe plus) pour la rue de Nancy, au 19, toujours à Bruxelles. Les parents quitteront la rue de Nancy en 1957 pour un monde qu'on dit meilleur, elle le 28 avril et lui, juste un mois plus tard, le 28 mai.

II-L'Enfance

C'est une enfance douce et simple entre un père qui travaille beaucoup et une mère soucieuse du bien-être familial. Les revenus sont modestes mais utilisés judicieusement, le petit appartement est un cocon protecteur. La maison de la rue des Cerises est appelée "la maison noire" depuis qu'un locataire indélicat a prélevé du courant électrique "derrière" le compteur afin de ne rien payer. Cette fraude sanctionnée sévèrement, a plongé les autres locataires dans le noir pendant de longs mois. La lampe à pétrole à pris le relais et regroupé autour d'elle les travaux de couture, la lecture, et les devoirs de l'enfant. L'enfant, excellent élève à l'école, n'oubliera jamais la clarté et la chaleur de la lampe. A l'école tout va bien, l'instituteur M. Paternotte, le suivra pendant tout le cycle primaire. C'est un esprit éclairé qui donne, en toute simplicité à ces garçons du petit peuple en plus de la grammaire et du calcul, un regard ouvert sur le monde et permet à ce Raymond tranquille d'illustrer ses cahiers comme il l'entend.

Cet amour du dessin s'épanouit dans les traditionnelles lettres aux parents pour le nouvel-an ou pour la fête des mères, et dans la création de programmes pour les fêtes de fin d'année scolaire accompagnant les distributions de prix. De temps en temps la famille s'évade de la ville et s'en va prendre l'air à Boitsfort, Hofstade, à Malines (chez un oncle) ou à Maastricht chez la grand-mère, personnage malicieux qui sait faire des tours de cartes et qui possède de grandes armoires pleines de bocaux, de confitures et d'épices aux odeurs mystérieuses et tentantes gardées sous clef pour éviter les incursions gourmandes de neveux avides.

Et il y a la mère. La mère qui passe avec l'enfant sur le vieux pont de Maastricht qui tord un journal, y met le feu et le lance vers l'eau offrant à son fils qui suit des yeux cette lueur tourbillonnante qui se reflète dans l'eau rapide, une féerie inoubliable. La mère qui raconte des histoires, assise sous la table de la cuisine avec son petit qui écoute en serrant dans ses bras "Adamson" son jouet préféré. La mère qui perd un peu la tête. La mère aimée.

Suzanne Coumans

En quoi la biographie d'un artiste peut-elle être intéressante ? En quoi peut-elle apporter un éclairage sur son oeuvre ? Cette question souvent me taraude. Bien sûr, si on ne connaissait pas la vie de van gogh, ce serait impossible de comprendre l'autoportrait de l'homme à l'oreille coupée. Cela dit, un soleil de van gogh peut vous réchauffer l'âme sans aucune indication biographique. Un dessin d'enfant peut nous émerveiller alors que sa biographie en est aux prémices. De quels faits, quels environnements, quelles rencontres sommes-nous construits ? Et de quoi se nourrit notre art si nous sommes artistes ? Où étions-nous ? A quel moment de l'histoire des hommes ? Comme une boîte de couleur, quelques toiles blanches et pinceaux en poil de martre, j'aimerais vous offrir ces éléments biographiques. A vous de choisir les couleurs, de les mélanger à votre guise, de vous faire votre propre tableau.

Si comme moi vous êtes curieux de tout et que vous possédez ou aimez une toile signée Coumans alors peut-être aboutirez-vous un jour sur ce blog qui, je l'espère, aura une longue vie. Je vis depuis longtemps , peut-être comme vous, entouré d'oeuvres de mon père. je n'ai jamais considéré ces tableaux qui ornent ma maison comme un capital financier. Avec elles je partage ma vie au quotidien, je m'y plonge quelquefois comme ces enfants émmerveillés dans le film "Mary Poppins" de Disney. Je me laisse bercer par les couleurs, les atmosphères, je me sens proche de cette vision du monde. J'ose, naïvement peut-être, imaginer que l'amateur d'art, au noble sens du terme, acquiert des oeuvres pour vivre avec elles et non pas parce qu'elles représentent un investissement à terme. L'acheteur public, quant à lui, acquiert des oeuvres pour les faire découvrir à tous ceux qui ne pourraient se les offrir eux-mêmes. Les collections au fil du temps se dispersent, s'éparpillent. Près de 2000 Coumans sont aujourd'hui dispersés dans une foule de lieux, de pays, de maisons. Si vous êtes un des heureux propriétaires, n'hésitez pas à vous faire connaître.

Raymond Coumans : le choix ( huile sur toile 33 X 55 cm) Collection Coumans

Raymond Coumans : le choix ( huile sur toile 33 X 55 cm) Collection Coumans

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