Raymond Lacroix rencontre Raymond Coumans
Parmi la vaste revue de presse de Raymond Coumans, pour poursuivre un éclairage sur son enfance et son adolescence, j'ai déniché cet article et interview de mon père signée Raymond Lacroix, publié en 1985 dans la revue Semper. En voici un extrait, où Raymond Coumans livre quelques confidences poétiques sur ses années d'enfance et d'adolescence.
"Durant des années, au centre de la ville,-mon père était pâtissier- nous nous éclairâmes au gaz, à la bougie, à la lampe à pétrole. Peut-être est-ce cette particularité de mon enfance qui fut à l'origine de l'orientation intimiste de mon oeuvre ? J'ai aimé les allumeurs de réverbères, les chevaux de la charette à pain, les chiens de la carriole à lait, le marchand de peaux de lapins, de tout de rien, ceux de la rue et ceux d'ailleurs.
J'ai tremblé devant le mystère des ombres immobiles s'installant dans la cuisine à l'heure de l'allumeur, je les ai épiées quand la mèche à pétrole les berçait du chant de la nuit. J'ai suivi leurs danses folles à l'heure irritante de la bougie qu'étaignait le marchand de sable, un sable tout blanc que je retrouvais le lendemain, jeté au pied du poêle de Louvain. j'ai besoin de dire ces choses, parce qu'elles sont entrées en moi comme des guides, oriantant mon approche de la vie.
A l'école, l'instituteur, le même pendant 6 ans, avait dessiné au tableau une immense tête d'Edison. Elle m'impressionnait tellement que le génie était pour moi celui qui l'avait représentée. A dater de ce jour, j'ai dessiné les têtes des gens de mon entourage. Je les épinglais au mur de ma chambre et chaque jour, je leur souhaitais le bonjour. Dans le quartier, j'étais le gamin qui dessinait. Un jour un voisin fourreur dont j'avais protégé le fils m'offrit une boîte de vraies couleurs à l'huile, quatre cartons préparés et un couteau à palette. Ce fut le plus beau cadeau de ma vie. Ne connaissant pas la destination du couteau à palette, je l'utilisais comme on se sert d'un couteau à peindre et j'ai attendu l'âge de 16 ans pour qu'un fournisseur de matériaux artistiques me révélât que ce couteau servait à nettoyer la palette et non à poser la couleur.
Cette méprise m'a permis d'acquérir une extrème dextérité dans le maniement. J'étais entré à l'Ecole Normale et je fut à la même époque aide-bibliothécaire à la Ville de Bruxelles : trois demi-jours par semaine plus le dimanche matin. J'y lu tous les livres d'art. Ce fut ma première initiation à la littérature concernant l'art."