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La collection Coumans

4 Septembre 2012, 16:39pm

Publié par Yves Coumans

Raymond et Suzanne Coumans ont eu trois enfants et quatre petits enfants. Jean, Yves et Pierre, puis Thomas, Martin, Vincent et Olivia. Aujourd'hui tous deux disparus, ils nous ont légué une modeste mais belle collection de tableaux, dessins et gravures. Vous la faire découvrir au travers de multiples articles et points de vue est l'objectif principal de ce blog. Car la peinture, c'est bien quand on en parle mais c'est encore mieux quand on peut la voir ! Vous trouverez donc régulièrement sous la rubrique "Collection Coumans" des images de ce patrimoine. Nous envisageons aussi, à l'occasion, de réexposer certaines de ces oeuvres, mais cela c'est une autre histoire, à venir...

Atelier du sculpteur Jef Lambeaux, avant la construction du commissariat de Police de St Gilles, rue Antoine Bréart à Bruxelles

Atelier du sculpteur Jef Lambeaux, avant la construction du commissariat de Police de St Gilles, rue Antoine Bréart à Bruxelles

Paysage du Brabant Wallon - Raymond Coumans ( huile sur toile)

Paysage du Brabant Wallon - Raymond Coumans ( huile sur toile)

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Raymond Lacroix rencontre Raymond Coumans

3 Septembre 2012, 17:49pm

Publié par Yves Coumans

Raymond Lacroix rencontre Raymond Coumans

Parmi la vaste revue de presse de Raymond Coumans, pour poursuivre un éclairage sur son enfance et son adolescence, j'ai déniché cet article et interview de mon père signée Raymond Lacroix, publié en 1985 dans la revue Semper. En voici un extrait, où Raymond Coumans livre quelques confidences poétiques sur ses années d'enfance et d'adolescence.

"Durant des années, au centre de la ville,-mon père était pâtissier- nous nous éclairâmes au gaz, à la bougie, à la lampe à pétrole. Peut-être est-ce cette particularité de mon enfance qui fut à l'origine de l'orientation intimiste de mon oeuvre ? J'ai aimé les allumeurs de réverbères, les chevaux de la charette à pain, les chiens de la carriole à lait, le marchand de peaux de lapins, de tout de rien, ceux de la rue et ceux d'ailleurs.

J'ai tremblé devant le mystère des ombres immobiles s'installant dans la cuisine à l'heure de l'allumeur, je les ai épiées quand la mèche à pétrole les berçait du chant de la nuit. J'ai suivi leurs danses folles à l'heure irritante de la bougie qu'étaignait le marchand de sable, un sable tout blanc que je retrouvais le lendemain, jeté au pied du poêle de Louvain. j'ai besoin de dire ces choses, parce qu'elles sont entrées en moi comme des guides, oriantant mon approche de la vie.

A l'école, l'instituteur, le même pendant 6 ans, avait dessiné au tableau une immense tête d'Edison. Elle m'impressionnait tellement que le génie était pour moi celui qui l'avait représentée. A dater de ce jour, j'ai dessiné les têtes des gens de mon entourage. Je les épinglais au mur de ma chambre et chaque jour, je leur souhaitais le bonjour. Dans le quartier, j'étais le gamin qui dessinait. Un jour un voisin fourreur dont j'avais protégé le fils m'offrit une boîte de vraies couleurs à l'huile, quatre cartons préparés et un couteau à palette. Ce fut le plus beau cadeau de ma vie. Ne connaissant pas la destination du couteau à palette, je l'utilisais comme on se sert d'un couteau à peindre et j'ai attendu l'âge de 16 ans pour qu'un fournisseur de matériaux artistiques me révélât que ce couteau servait à nettoyer la palette et non à poser la couleur.

Cette méprise m'a permis d'acquérir une extrème dextérité dans le maniement. J'étais entré à l'Ecole Normale et je fut à la même époque aide-bibliothécaire à la Ville de Bruxelles : trois demi-jours par semaine plus le dimanche matin. J'y lu tous les livres d'art. Ce fut ma première initiation à la littérature concernant l'art."

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Dessins d'enfants

3 Septembre 2012, 16:47pm

Publié par un extrait de Céline Delavaux

En guise de parenthèse et pour toutes les réflexions qu'il peut nous inspirer, voici un extrait d'un article de Céline Delavaux publié dans la revue Horschamps

"Dessins d’enfants, fantasmes d’artistes"

Par Céline Delavaux

« Le génie n’est que l’enfance retrouvée à volonté. »
Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne

L’art enfantin renvoie à une question essentielle : si tout le monde possède des facultés créatrices, la socialisation n’empêche-t-elle pas cette créativité innée de se manifester librement ? Pourquoi s’arrête-t-on de dessiner ? Une question indirectement relancée par la récente prolifération des ateliers pour enfants.

Un fil rouge secret court sous les ruptures esthétiques. La création enfantine, comme l’art primitif ou asilaire, est pour l’art moderne une source d’inspiration aux vertus régénératrices. Matisse, Picasso, Mirò, Klee, Kandinsky, Dubuffet, Michaux, lui ont fait des emprunts explicites. L’intérêt pour le primitif (le sauvage, l’enfant, le fou) se situe du côté d’un désir de renouveau, il est lié à un fantasme de l’origine de l’art, une origine mythique, hallucinée. L’intérêt pour le dessin d’enfants s’inscrit dans le sillage du mythe d’une enfance de l’art en quête d’un regard vierge. En 1912, des dessins d’enfants s’affichent aux côtés de reproductions d’art populaire et primitif dans les pages de l’Almanach du Blaue Reiter réalisé par les expressionnistes Kandinsky et Macke. Kandinsky voit l’art enfantin comme une expression intuitive directe de l’essence des choses. August Macke se le demande : « Les enfants, qui créent directement à partir du mystère de leurs sentiments, ne sont-ils pas plus créateurs que l’imitateur des formes grecques ? » Il y a dans l’éloge du dessin d’enfant la volonté de se libérer des formes du passé, un appel aux fondamentaux de la nature humaine. En 1919, Max Ernst organise une exposition Dada à Cologne, où il expose, aux côtés de ses œuvres et de celles d’artistes d’avant-garde, dessins d’enfants, objets trouvés et productions d’individus dits aliénés. Pour les dadaïstes, cette attention portée aux productions marginales s’inscrit dans une contre-culture non compromise dans le carnage auquel se livre alors le monde occidental. Dans les années vingt, Paul Klee accorde un rôle déterminant aux travaux des enfants qu’il donne pour modèles à ses étudiants du Bauhaus. Il introduit ses propres dessins d’enfant dans le catalogue de ses œuvres : « Je veux être un nouveau-né, ne sachant rien de l’Europe, ignorant les poètes et les modes, presque un primitif. »

Lire l’entièreté de l’article sur http://www.horschamp.org/spip.php?article891

Raymond Coumans enfant aux côtés de son père devant les étangs de Boitsfort.

Raymond Coumans enfant aux côtés de son père devant les étangs de Boitsfort.

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L'enfance de l'art (suite et fin de l'article)

2 Septembre 2012, 14:52pm

Publié par Yves Coumans

Afin de poursuivre cette exploration de l'enfance de Raymond Coumans, voici dans son intégralité un texte que nous a laissé Suzanne Coumans :

I-Les parents

Elle s'appelle Maria, Helena,Antoinette Jeukens. Il s'appelle Joannes, Andreas Coumans. Ils se connaissent depuis l'enfance à Maastricht. Aux Pays-Bas, en ce temps là, c'est le dernier prénom qui compte. André écrit donc à Antoinette, plus familièrement nommée Anette, de nombreuses cartes postales choisies avec soin, dès 1911. Il a seize ans, elle en a vingt-sept. Les temps sont durs, ils doivent gagner leur vie, les nécessités de leur travail les éloignent l'un de l'autre. Il est apprenti pâtissier, elle est servante interne à Bruxelles, notamment chez l'avocat Julien Baillon, frère aîné de l'écrivain belge André Baillon, où elle restera de nombreuses années. Ils échangent bon nombre de ces cartes postales romantiques qui montrent des couples qui se regardent tendrement. Ils sont courageux, droits, honnêtes, très appréciés dans leur travail. Pendant la guerre de 14-18, la hollande reste neutre, il échappe donc au carnage et fin 1919 ils louent un petit appartement à Bruxelles, rue des Cerises, 2, au coin de la rue de Terre-Neuve. Ils se marient à Rotterdam(où il travaille) le 7 juillet 1920 et se fixent définitivement à Bruxelles en gardant leur nationalité hollandaise. Ils ont une carte d'identité d'étranger et un permis de travail. En 1922 la mode n'est pas d'accoucher à l'hôpital. Annette va donc mettre son enfant au monde, le 19 mai, chez sa mère à Maastricht. C'est ainsi que naît,chez sa grand-mère, un petit garçon prénommé André Raymond Coumans de nationalité hollandaise qui rejoint ses parents à Bruxelles. Le 1er mars 1929 la famille quitte la rue des Cerises (qui, depuis n'existe plus) pour la rue de Nancy, au 19, toujours à Bruxelles. Les parents quitteront la rue de Nancy en 1957 pour un monde qu'on dit meilleur, elle le 28 avril et lui, juste un mois plus tard, le 28 mai.

II-L'Enfance

C'est une enfance douce et simple entre un père qui travaille beaucoup et une mère soucieuse du bien-être familial. Les revenus sont modestes mais utilisés judicieusement, le petit appartement est un cocon protecteur. La maison de la rue des Cerises est appelée "la maison noire" depuis qu'un locataire indélicat a prélevé du courant électrique "derrière" le compteur afin de ne rien payer. Cette fraude sanctionnée sévèrement, a plongé les autres locataires dans le noir pendant de longs mois. La lampe à pétrole à pris le relais et regroupé autour d'elle les travaux de couture, la lecture, et les devoirs de l'enfant. L'enfant, excellent élève à l'école, n'oubliera jamais la clarté et la chaleur de la lampe. A l'école tout va bien, l'instituteur M. Paternotte, le suivra pendant tout le cycle primaire. C'est un esprit éclairé qui donne, en toute simplicité à ces garçons du petit peuple en plus de la grammaire et du calcul, un regard ouvert sur le monde et permet à ce Raymond tranquille d'illustrer ses cahiers comme il l'entend.

Cet amour du dessin s'épanouit dans les traditionnelles lettres aux parents pour le nouvel-an ou pour la fête des mères, et dans la création de programmes pour les fêtes de fin d'année scolaire accompagnant les distributions de prix. De temps en temps la famille s'évade de la ville et s'en va prendre l'air à Boitsfort, Hofstade, à Malines (chez un oncle) ou à Maastricht chez la grand-mère, personnage malicieux qui sait faire des tours de cartes et qui possède de grandes armoires pleines de bocaux, de confitures et d'épices aux odeurs mystérieuses et tentantes gardées sous clef pour éviter les incursions gourmandes de neveux avides.

Et il y a la mère. La mère qui passe avec l'enfant sur le vieux pont de Maastricht qui tord un journal, y met le feu et le lance vers l'eau offrant à son fils qui suit des yeux cette lueur tourbillonnante qui se reflète dans l'eau rapide, une féerie inoubliable. La mère qui raconte des histoires, assise sous la table de la cuisine avec son petit qui écoute en serrant dans ses bras "Adamson" son jouet préféré. La mère qui perd un peu la tête. La mère aimée.

Suzanne Coumans

En quoi la biographie d'un artiste peut-elle être intéressante ? En quoi peut-elle apporter un éclairage sur son oeuvre ? Cette question souvent me taraude. Bien sûr, si on ne connaissait pas la vie de van gogh, ce serait impossible de comprendre l'autoportrait de l'homme à l'oreille coupée. Cela dit, un soleil de van gogh peut vous réchauffer l'âme sans aucune indication biographique. Un dessin d'enfant peut nous émerveiller alors que sa biographie en est aux prémices. De quels faits, quels environnements, quelles rencontres sommes-nous construits ? Et de quoi se nourrit notre art si nous sommes artistes ? Où étions-nous ? A quel moment de l'histoire des hommes ? Comme une boîte de couleur, quelques toiles blanches et pinceaux en poil de martre, j'aimerais vous offrir ces éléments biographiques. A vous de choisir les couleurs, de les mélanger à votre guise, de vous faire votre propre tableau.

Si comme moi vous êtes curieux de tout et que vous possédez ou aimez une toile signée Coumans alors peut-être aboutirez-vous un jour sur ce blog qui, je l'espère, aura une longue vie. Je vis depuis longtemps , peut-être comme vous, entouré d'oeuvres de mon père. je n'ai jamais considéré ces tableaux qui ornent ma maison comme un capital financier. Avec elles je partage ma vie au quotidien, je m'y plonge quelquefois comme ces enfants émmerveillés dans le film "Mary Poppins" de Disney. Je me laisse bercer par les couleurs, les atmosphères, je me sens proche de cette vision du monde. J'ose, naïvement peut-être, imaginer que l'amateur d'art, au noble sens du terme, acquiert des oeuvres pour vivre avec elles et non pas parce qu'elles représentent un investissement à terme. L'acheteur public, quant à lui, acquiert des oeuvres pour les faire découvrir à tous ceux qui ne pourraient se les offrir eux-mêmes. Les collections au fil du temps se dispersent, s'éparpillent. Près de 2000 Coumans sont aujourd'hui dispersés dans une foule de lieux, de pays, de maisons. Si vous êtes un des heureux propriétaires, n'hésitez pas à vous faire connaître.

Raymond Coumans : le choix ( huile sur toile 33 X 55 cm) Collection Coumans

Raymond Coumans : le choix ( huile sur toile 33 X 55 cm) Collection Coumans

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L'enfance de l'art, suite

2 Septembre 2012, 12:53pm

L'enfance de l'art, suite

En consultant les archives familiales, que ma maman Suzanne Coumans a soigneusement réunies dans bon nombre d'albums, je m'émmerveille devant les dessins d'enfance de mon père. Ils renferment un peu du mystère de la création. L'homme qui peindra "comme il respire" durant plus de soixante ans fait plus que ses gammes dans ces petits cartons d'anniversaire, ou de nouvel an : il se met déjà en marche à tâtons sur le chemin d'une vie de peintre. Ses instituteurs, ses camarades de classes, ses modestes parents sont admiratifs devant ce talent naissant. Il faudra pourtant que Coumans aie un métier sûr. Lequel choisira-t-il ?

Voici deux portraits de son père, l'un est une photographie, l'autre un pastel où l'artiste en herbe qui réalisera de nombreux portraits par la suite, exprime déjà la pertinence de son regard...

L'enfance de l'art, suite

A notre époque où l'on écrit plus guère au moyen d'un stylo, je ne résiste pas au plaisir de publier ces deux petites cartes, l'une étant illustrée et écrite en néerlandais.

carte d'anniversaire, 1935

carte d'anniversaire, 1935

Voeux de nouvel an, 1935

Voeux de nouvel an, 1935

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